Bonjour à tous, aujourd’hui nous retrouvons le Dre Jessica, que j’ai eu le plaisir de croiser à l’école puisque nous avons partagé des rotations cliniques pendant nos dernières années à l’ENVT. Si Jessica a accepté de répondre à mes questions aujourd’hui c’est pour parler de sujets pas faciles mais qu’on avait vraiment envie d’aborder sur Vet’Side : notamment le burn-out et la reconversion professionnelle. Alors oui, ce sont des mots qui font peur, mais l’interview d’aujourd’hui a pour but de combattre les préjugés et surtout de montrer que rien n’est gravé dans le marbre : il y a vraiment de belles manières de rebondir !

Tout d’abord merci beaucoup Jessica d’avoir accepté de me parler aujourd’hui.

On va commencer par le début, est ce que tu peux te présenter et nous dire quel a été ton parcours jusqu’à ton diplôme vétérinaire ?

Alors d’abord merci à toi Marie, merci à Pauline aussi de m’interviewer. Bonjour à tous, je m’appelle Jessica, j’ai 27 ans.

Mon parcours vers le diplôme vétérinaire est assez traditionnel, bien que ça n’ait pas été une évidence depuis le début. Au lycée j’avais pas envie de choisir un métier sans rien connaître, je ne voulais pas me fermer des portes. Ça a été un peu le parcours du combattant pour choisir. Ma mère avait un poste haut placé et me disait “fait un métier qui donne une bonne situation” et mon père avait tout plaqué pour partir aux États-Unis apprendre la guitare et faire de sa passion un métier. Donc lui me disait “dans la vie, fait quelques chose qui te plait”. Donc l’ado que j’étais a essayé de trouver un compromis dans tout ça. Comme en plus j’avais des super notes à l’école, mes profs m’ont orientée vers la prépa bio. L’objectif final était pour moi d’être vétérinaire. Après 2 ans pas faciles voire même épouvantables à Fermat, j’ai intégré l’ENVT, un peu comme un miracle. Je n’y croyais pas du tout parce que j’ai vraiment galéré ces deux années-là.

J’étais très contente d’intégrer mais j’ai vite déchanté parce que je me suis rendu compte que ça allait être 5 ans de plus à faire du bachotage alors que ce que j’aime dans la vie c’est VOIR des choses et FAIRE des choses. C’était un peu difficile pour moi ces études même si ça s’est toujours bien passé et que j’ai toujours eu des bonnes notes après la prépa. Pour pas mentir, en 3ème année je me suis demandé si je n’allais pas faire autre chose, parce que c’était trop long, j’en avais marre d’être une étudiante fauchée, d’être inactive et d’apprendre des choses dont parfois je ne voyais pas l’utilité. Dès que j’ai eu mon DEFV [Diplôme d’Études Fondamentales Vétérinaires obtenu en 4ème année ancien cursus, 5ème année nouveau cursus NDLR] j’ai commencé à pratiquer, à faire des mois de remplacements à droite à gauche, sur mon temps libre, parce que j’avais besoin d’apprendre concrètement mon métier, et parce que j’avais besoin de sous aussi forcément. J’ai tellement bossé que j’ai eu le droit à des indemnités chômage avant même d’avoir fini d’écrire ma thèse [rires] … Je me suis pas mal donné.

C’est vrai que c’est ce qu’on reproche souvent au cursus actuellement d’être très théorique et de pas beaucoup mettre la main vraiment, de pas avoir trop de pratique quand on sort de l’école. A la fin de tes études, comment as tu choisi ta dominante de 5ème année à l’école ?

J’ai fait ma 5ème année en NAC-Faune sauvage, j’aurai fait un an s’il y avait eu Nac-faune sauvage toute l’année mais là du coup c’était NAC-faune sauvage et canine. Ce choix s’est imposé très naturellement pour moi, de la même façon que je ne voulais pas choisir UN métier, je ne voulais pas choisir UN animal, je les aime tous et tous m’intéressent. Plus c’est inhabituel, plus ça m’intéresse. J’avais d’office exclu les animaux de rente et de loisir [rurale et équine NDLR], parce que la médecine de ces animaux là ne m’intéresse pas forcément. Je ne voulais pas soigner des animaux dans le seul but qu’ils puissent mieux profiter à l’homme. Je me suis vraiment orientée en NAC-Faune sauvage pour aider le plus d’animaux possible et découvrir le plus d’animaux possible. Cette 5ème année a été la meilleure année de ma vie. J’ai enfin pu m’épanouir, pour la première fois à l’école et professionnellement, on pouvait pratiquer en conditions réelles, avoir des responsabilités. Je pouvais mettre à profit mon sens pratique, ma curiosité, FAIRE des choses, VOIR des choses, me rendre utile. Vraiment c’était la première fois que j’avais envie de me lever le matin pour aller à l’école. Ça ne m’était jamais arrivé.

 

Vraiment une révélation sur cette dernière année. Tu nous as dit que tu avais commencé à travailler rapidement à partir de la 4ème année. Comment te sentais-tu en sortant de l’école ? Dans cet entre-deux du je suis encore un peu à l’école mais en même temps je travaille. Comment ça s’est passé cette jonction là ?

Alors tant que j’étais en NAC c’était super. Après le semestre imposé en canine m’a replongé dans le monde infantilisant des études, où on ne te laisse rien faire, on ne te fait pas confiance alors que j’avais déjà travaillé 4 mois à l’époque. L’écriture de la thèse ça a été vraiment se replonger dans le bachotage, ça a été dur mais j’ai été très fière d’arriver à le faire et d’arriver au bout. Avoir mon doctorat, ça a été un immense soulagement : la fin d’un long périple, pour moi qui ne voulais pas trop faire d’études. En sortie d’école j’avais peur, forcément, mais peut-être un peu moins que la moyenne, parce que j’avais déjà eu des premières expériences comme tu le disais. Mais je pense qu’on a toujours un peu peur quand on fait ça “pour de vrai”.

Et malgré ce stress normal au démarrage, comment ça s’est passé ton / tes premiers “vrais” jobs ?

J’ai eu deux premières expériences vraiment très différentes du métier qui m’ont vraiment ouvert les yeux et appris plein de choses sur les façons d’exercer : en 4ème année un remplacement de 3 mois à côté de Perpignan, à temps plein dans une clinique sans rendez-vous avec astreintes de nuit et de week-end, où je consultais seule plusieurs heures par jour. J’ai commencé le métier avec des salles d’attente pleines, en étant seule donc un peu stressant. Ma deuxième expérience a été un temps partiel en région Toulousaine, pendant et après la rédaction de ma thèse, sur rendez-vous uniquement, mais sans assistante et sans collègue.C’était un véto qui travaillait tout seul que je remplaçais. J’étais un peu seule au monde, couteau suisse. La première expérience m’a appris à être efficace (parce que quand il y a du monde en salle d’attente et que c’est sans rendez-vous, il faut parfois aller à l’essentiel), ça m’a aussi appris à travailler mon sens clinique : la région est assez pauvre, les gens n’ont pas trop d’argent, donc ceux qui acceptaient les examens complémentaires étaient super rares, et surtout je me suis dit “tu n’accepteras jamais de gardes c’est trop horrible, le téléphone dans la poche, sur la table de chevet, prêt à sonner … ça a été un stress difficile à gérer pour moi. Bon, spoiler : j’ai dû refaire des gardes, mais à ce moment-là c’était vraiment pas ce qui me plaisait.

La deuxième expérience à Toulouse, seule au monde, ça m’a appris à me débrouiller seule, à toucher à plein de choses du métier, à faire la comptabilité, les commandes, à travailler ma mémoire -gérer le téléphone qui sonne en même temps que la consultation ça exerce- mais aussi à travailler de pair avec le propriétaire pour les prises de sang, les cathéters etc, … et à organiser son travail en fonction de ce qu’on PEUT réellement faire. Mon patron m’a appris à faire le tri de sa clientèle et à ne pas tout accepter à n’importe quelle heure. Tu es seul(e), tu ne peux pas gérer TOUT à n’importe quelle heure. Il faut vraiment avoir une discipline pour ne pas se laisser manger par le travail. Ça a été une super expérience qui s’est terminée après environ 5 mois parce qu’un temps partiel c’est pas assez pour payer mon loyer [c’est dommage parce que c’est vraiment un rythme qui m’allait bien] et parce qu’on a déménagé en Provence.

Pierre-Yves (mon copain) avait pour projet de s’installer en libéral, et de créer sa clientèle en NAC exclusif à Aix en Provence. Les deux premières années, il n’avait comme revenus que l’aide à la création d’entreprise, c’est-à-dire moins que le SMIC. Ma troisième expérience du métier a donc été d’accepter le premier travail que j’ai trouvé, à temps plein forcément parce qu’il fallait encore payer le loyer, et qu’il avait doublé dans la manœuvre (la Provence c’est pas donné !). Alors je dis temps plein parce que j’étais payée comme un temps plein et que je bossais 45h par semaine, sans compter les week-end de gardes, mais comme j’étais au forfait jour c’était en fait un 3/4 temps. C’est la première chose que j’ai appris dans ce nouveau job : 

” Dans le monde véto, bosser 11h par jour, 4 jours d’affilée ça peut être considéré comme du temps partiel. “

Ça m’a vraiment fait bizarre au début. Et comme ils me payaient un temps plein, ma hiérarchie m’a expliqué qu’il fallait que je fasse 10 semaines à 56h pour rattraper le quart manquant, avant de pouvoir prendre ne serait-ce qu’un jour de congé. La deuxième chose que j’ai appris dans ce métier ou en tous cas dans ce job là, c’est qu’intégrer une clinique-usine sans rendez-vous où le turn-over d’ASV [Auxiliaire Spécialisé Vétérinaire] annuel est de 32 et le turn-over véto de 10 par an, c’est pas une bonne idée.

Il y a anguille sous roche ….

J’ai tenu un mois. Je dormais plus, le matin je prenais l’autoroute avec la boule au ventre, et les larmes aux yeux. J’ai démissionné au dernier jour de ma période d’essai, avec aucun plan B, pas d’argent de côté et du coup pas de chômage. Toujours le loyer à payer. Mais ça a été la meilleure décision de l’année. Paradoxalement c’est même pas cette expérience-là qui m’a menée au burn-out. C’est celle d’après parce que celle-là je m’en suis dégagée assez vite.

Justement on va aborder ce sujet-là et je vais être 100% honnête avec toi (enfin avec vous), il y a quelques semaines je suis tombée sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram, sur une tête que je connaissais, avec un super projet de terrarium, avec des plantes et des petites bêtes, (qui s’appelle Terrapodia – Spoiler) et ma première réaction a été double : à la fois super contente et agréablement surprise dans le sens “waow mais c’est trop cool comme projet, Jess a lancé un truc trop bien, elle est super forte !” et en même temps un ressenti un peu amer de “l’activité de vétérinaire praticien a perdu une super véto, j’ai peur de ce qu’elle a dû traverser pour arriver à cette reconversion”. Donc un projet hyper cool mais j’avais peur que ça ne se soit pas fait sans heurts. J’étais franchement triste de constater que j’avais raison en parlant un peu avec toi avant cette interview. On va revenir de manière un peu large sur ce passage là, donc tu l’as déjà dit, c’est pas un gros mot, ce passage de burn-out qui t’a conduit à te reconvertir.

Comment ça s’est présenté pour toi dans ce dernier job, est-ce-que tu peux nous en parler un petit peu plus ?

Oui… Donc après avoir démissionné, fallait que je retrouve vite : me voilà sans emploi, dans une région que je ne connais pas, avec un loyer faramineux. Par chance je trouve une annonce pour un poste à temps plein pas loin de chez moi, une semaine après ma démission.

Malheureusement, malgré une annonce avec des airs de clinique un peu familiale, ça serait l’endroit le plus toxique où je mettrai les pieds.

Ces quatorze mois ont été vraiment une longue et surtout lente descente aux enfers, j’ai pas forcément envie de rentrer dans les détails parce qu’il y en a beaucoup et l’important est plus ce qu’on ressent dans ces situations-là. Parce que les cas de figures sont multiples, les cliniques sont multiples, il y aura toujours plus d’exemples. Mais je vais juste te donner le bilan : deux vétos de moins de 30 ans, dont moi, sont parties en burn-out à 2 mois d’intervalle, et n’envisagent pas de reprendre le métier (pas du tout pour l’une, et pour moi, ça serait dans des conditions très très très particulières et vraiment pas tout de suite).

Pourtant en quatorze mois j’étais devenue une bonne praticienne je pense. Je me tenais à jour des avancées de la médecine, je m’efforçais de trouver une solution à tous les problèmes de mes clients, j’avais des clients fidèles. Mais l’ambiance au travail m’a progressivement renfermée sur moi-même, a consumé mon énergie physique et mentale. Je me sentais vidée : physiquement, mentalement. Je n’avais plus aucune énergie pour faire quoi que ce soit. 

Le travail en lui-même, pourtant un métier que j’aime, a fini par m’épuiser. 

Je pensais à mes cas la nuit, sur mes jours de repos. J’ai un excès d’empathie qui fait ma force mais qui fait aussi ma faiblesse. C’est ce que les clients aimaient chez moi, je comprends, je me mets à leur place, je traite leur animal comme si c’était le mien. C’est comme ça que je conçois le métier. Je m’étais dit qu’il faudrait que j’arrête avant de devenir cynique. Mais ça a participé à tout ça. Le fait de bosser beaucoup, d’avoir un emploi du temps surchargé, ça fait que tu ne peux pas prendre assez de recul sur ce que tu ressens et tu emmagasines un peu tout, tu te sens dépassée sans forcément t’en rendre compte. Ça vient vraiment très très progressivement …

C’est très insidieux en fait ?

C’est ça, c’est très insidieux mais il faut réussir à s’en rendre compte malgré tout. C’est insidieux de la même façon que si tu remplis brutalement ton sac avec 30kg de pierres, tu vas tomber. Si tu le remplis progressivement, gramme par gramme, une pierre tous les jours, tu vas rester debout, tu ne vas même pas t’en rendre compte. Mais ton sac est aussi lourd et à la fin tu ne pourras plus le porter. J’ai accumulé beaucoup de ressenti … le ressenti que j’avais pour ma hiérarchie, parce que ça se passait très mal, les problèmes de mes clients ça devenaient les miens. En septembre 2021, je suis arrivée dans une impasse dans ma vie, qui avait trois composantes.

-1- Le travail m’épuisait, je n’y prenais plus du tout de plaisir. Je commençais à le trouver ingrat : si je le faisais bien personne ne disait merci, parce que c’était normal, “c’est ton travail”. Par contre si j’oubliais quelque chose ou que je faisais une erreur : on me mettait au pilori. Il fallait que je lève le pied, parce que je ne dormais plus, j’y allais à contrecœur, avec la boule au ventre et les larmes aux yeux. Je réfléchissais au meilleur moyen d’obtenir un arrêt de travail, sans trop me faire mal. Ça a été le signal d’alerte pour moi.

-2- Je ne faisais plus rien pour moi. Je n’avais plus assez d’énergie. J’ai abandonné tout loisir faute de temps et d’énergie. J’avais l’impression de m’occuper beaucoup plus des problèmes des autres que de mes propres problèmes et de ma propre famille, pourtant mon père est très malade depuis des années, à ce moment là ma tante n’en avait plus pour longtemps. Je ne les avais pas vus depuis des mois. Donc en plus je culpabilisais de pas m’occuper de ma famille. Cette deuxième composante a été assez dure.

-3- La troisième a été une composante financière : je ne pouvais pas lever le pied, passer à 3/4 temps ou mi-temps par exemple, parce que j’avais besoin d’argent. Pierre-Yves ne pouvait toujours pas se verser de salaire puisqu’il commençait son activité donc j’assurais la grande majorité des dépenses. J’avais des dettes : un prêt pour la voiture, un autre suite à notre déménagement, et à partir d’octobre je devais commencer à emprunter à l’état l’équivalent de la moitié de mon salaire tous les mois pour financer l’EHPAD de mon père. J’avais besoin d’argent plus que jamais. Et en même temps chaque jour de plus au travail, je creusais un peu plus mon trou.

C’était mi-septembre. Le matin du 15 septembre, si je me souviens bien, j’étais en repos et j’étais en train de coudre sur mon canapé, c’est une activité pendant laquelle mon cerveau peut divaguer. J’ai divagué et mis le doigt sur ces trois composantes. Et là mon sac rempli de pierres a craqué et je me suis effondrée.

J’ai alterné crises de larmes et crises d’angoisses, ça a duré trois bonnes heures. J’ai appelé Pierre-Yves au milieu de tout ça, ça a un peu eu l’effet d’une bombe pour lui. Il se rendait compte que ça n’allait pas mais je le cachais quand même, je voulais le protéger aussi. Il m’a dit « Maintenant on arrête les conneries, tu vas voir un médecin, tu te fais arrêter ». Il m’a pris le premier créneau disponible le lendemain, le premier qu’on a trouvé. J’y suis allée un peu à contrecœur : à la fois je savais pas expliquer ce que je traversais, j’étais très fragile à ce moment-là, je ne savais pas si j’arriverai à mettre des mots là dessus. Mais aussi parce que je culpabilisais de doubler la charge de travail de la collègue avec qui je bossais. C’est vraiment un truc que tout le monde se dit je crois “mais comment ils vont faire sans moi” alors que c’est vraiment pas la question à se poser à ce moment là, enfin bref.

J’y suis allée, c’était un vieux médecin qui m’a reçue, que je n’avais jamais vu. Je commence à lui expliquer tout ça, mon surmenage. Il me coupe directement : « Oula moi j’y connais rien en psy, pourquoi vous êtes pas allée voir votre généraliste ? » Je lui explique que je suis dans la région depuis peu et que je n’ai pas de généraliste sur place. Je reprends mon discours en étouffant mes larmes, il me coupe à nouveau « Bon, bon, qu’est-ce que vous voulez ? ». J’étais un peu décontenancée. J’avais envie de dire : “ Qu’on m’écoute, que quelqu’un prenne la peine de me venir en aide, comme je le fais avec mes clients. Mais à la place j’ai juste dit « un arrêt de travail », parce qu’à ce stade c’est tout ce que je pouvais attendre de lui et c’est ce qui me fallait en urgence. Je suis repartie de là pas soulagée du tout, voire même un peu pire, presque honteuse avec une semaine d’arrêt de travail et une prescription pour des antidépresseurs.

J’ai passé quand même quelques jours en état de choc après ça, mais j’ai quand même repris rendez-vous chez un généraliste en ayant cette fois deux critères : que ce soit une femme, et une jeune. J’ai trouvé. J’ai déballé mon sac, et cette fois elle m’a écouté. J’étais tellement soulagée. Je lui ai confié que je n’avais pas pris les antidépresseurs, elle m’a répondu « tant mieux, la dose est beaucoup trop forte ». Elle m’a quand même dit que je faisais un burn-out et que je souffrais de dépression chronique, que ça serait bien de prendre des anxiolytiques, pour arrêter mes pensées qui tournaient en boucle et pouvoir me concentrer sur autre chose. Mais elle m’a vraiment rassurée « Prenez du temps pour vous, je vous arrête un mois, on reconduira l’arrêt tant que ce sera nécessaire. »

Je me suis sentie vraiment soulagée. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à respirer à nouveau. Pendant ce premier mois, j’ai fait … plein de trucs que je faisais pas : j’ai fait des siestes au soleil (trop bien), je suis allée voir ma famille, j’étais là pour l’entrée en EHPAD de mon père, j’étais là pour les derniers jours de ma tante. J’ai pris le Xanax, qu’elle m’avait prescrit, ça m’a aidé à dormir et à être un peu plus gaie. Au contrôle un mois plus tard, je lui expliqué que je ne voulais pas reprendre le métier pour l’instant, que j’avais des phobies rien que d’y penser. Et là elle m’a dit “qu’est ce que vous aimez faire dans la vie ? Essayez d’en faire quelque chose de rémunérateur !”. Là je me suis dit “mais attends c’est la même chose que me disait mon père quand j’avais 18 ans et que je ne savais pas quoi faire …” Je suis allée voir mes patrons, je leur ai expliqué ma situation, ce que je pensais du métier, mes galères financières, ma situation familiale… Vraiment mon état d’esprit. Ils m’ont répondu « il faut t’endurcir ». Ça a été la goutte d’eau. Dire “faut t’endurcir à quelqu’un qui a déjà craqué, ça prouve que tu comprends pas grand chose. J’ai négocié une rupture conventionnelle et ils ont accepté ce qui était cool.

Après la rupture de mon contrat, j’ai cherché des reconversions au sein du milieu véto avec mon diplôme. J’ai été conseillée par un vétérinaire qui avait changé de voie. Il m’a expliqué que si je voulais changer, il fallait de toutes façons reprendre ses études et là je n’avais ni l’argent ni l’envie de reprendre des études. Je savais en plus, que mes deux dernières expériences n’étaient pas représentatives de toutes les cliniques, parce que j’en avais fait beaucoup en stages : donc je sais que ça ne se passe pas comme ça partout. J’étais trop blessée et fragilisée pour reprendre le risque de réintégrer une nouvelle clinique. Je me suis dit “si tu reprends et que ça ne marche à nouveau pas, que ça se passe à nouveau mal, c’est mort tu ne reprendras jamais ce métier, ça t’aura vraiment bloqué pour la vie” … J’ai plutôt envisagé d’autres manières de pratiquer : à mon compte, à domicile, mais cela voulait aussi dire prendre des risques financiers, ou que ça se passe mal … J’ai décidé de suivre le conseil de ma médecin et de mon père : de me replonger dans ce que j’aimais.

J’avais depuis longtemps envie de faire quelque chose de mes mains, de créer, de retrouver un peu l’enfant que j’étais, curieuse de tout, qui passait sa journée à regarder ce qui se passait dans la vigne, dans le jardin, retourner les pierres, regarder les oiseaux … Ça c’est un truc qui m’a toujours intéressé. J’ai toujours aimé faire des choses de mes mains. J’ai regardé, ce que j’avais, ce que je savais faire à part ça. J’avais beaucoup de loisirs (que j’avais arrêté pendant tout le temps où j’exerçais). Des choses pour lesquelles je m’étais entraînée et où j’étais devenue pas trop mauvaise, notamment la photographie, la vidéo, tout ce qui est nouvelles technologies ça m’a toujours passionné. J’ai aussi regardé tout ce que j’avais créé avec Pierre-Yves depuis des années pour nos loisirs. Plein de petits terrariums, pleins de mondes miniatures dans lesquels on a nos animaux. C’est une passion qu’on a tous les deux et c’est ce qu’on fait sur notre temps libre.

Au mois de décembre j’ai commencé à parler de ce projet. Au début ça devait s’appeler Terrapi (“Terra” pour terrarium et “pi” parce que Pi c’est le surnom de Pierre-Yves … mais le nom était déjà pris !).

Au mois de janvier j’ai commencé à produire des choses, avec ce que j’avais sous la main et c’est comme ça que Terrapodia est née.

C’est un très beau projet que je vous invite à aller voir sur les réseaux sociaux “TERRAPODIA” ! Tu peux nous présenter un peu plus le principe ? Tu viens d’ouvrir juste aujourd’hui la boutique en ligne, si tu veux nous parler un peu de tout ça et faire un petit coup de pub ?

Le concept initial c’était d’associer le vivant, mes connaissances de la biologie, et la technologie, pour susciter de la curiosité chez les gens. C’est le sens qui me tient le plus à cœur, parce que c’est celui qui efface l’indifférence et la peur. C’est celui qui ouvre des portes, qui crée de l’émerveillement à partir de rien. C’est vraiment quelque chose qui me tient à cœur.

Je crée plusieurs choses avec Terrapodia : des terrariums bio-actifs, c’est-à-dire des petits environnements autonomes en poussant le principe du terrarium un peu plus loin. Un terrarium classiquement c’est un contenant, du substrat, des plantes et du décor. Comme nous élevions pas mal de petites bêtes pour notre loisir, j’ai décidé d’en ajouter quelques-unes : notamment des cloportes et des collemboles, parce que déjà elles sont super cool à regarder mais en plus très bénéfiques pour ce genre d’environnement clos. Ce sont des nettoyeurs, ça va épurer le système et nourrir les plantes. Elles rejettent leur produit de digestion, c’est comme de l’engrais pour les plantes. C’est hyper bénéfique. En plus, les cloportes aèrent le sol en creusant, ce qui favorise une bonne santé des racines. L’idée c’est de créer un objet qui en plus d’être esthétique, se suffit à lui-même et est très interactif à regarder. Il y a un petit peu de technologie là dedans : ça vient pas le couvercle, que je design et que j’imprime en 3D sur mesure, pour pouvoir l’adapter à tous mes contenants, et auquel je peux intégrer de l’éclairage LED.

Il y aussi d’autres créations qui allient nature et technologie mais plus du côté décoration. Par exemple des kokedama, c’est une plante qui pousse dans une boule de mousse, classiquement c’est retenue par du fil de pêche, mais moi j’ai conçu et imprimé une armature spécifique, sphérique et percée pour l’emmener un petit peu dans le monde de la technologie.

J’ai ouvert hier la boutique en ligne (10 mai 2022), je suis très très contente. J’attendais ça depuis un moment et c’est vraiment un aboutissement. Mais aussi le début et l’officialisation de mon projet donc ça me fait vraiment plaisir. À terme j’aimerai bien avoir un showroom physique mais c’est pas pour tout de suite, on verra si ça marche ! (Spoiler alert @latelierbysfdprod accueille Jessica et ses créations une fois par semaine à Salon de Provence).

Je suis partie de zéro et avec zéro budget donc j’ai utilisé un max de ce que je savais faire. Je pense qu’on a tous des hobbies qui peuvent servir dans ce genre de projets, ce que je ne savais pas, je l’ai appris. Tu peux vraiment apprendre beaucoup de choses sur Internet maintenant. J’ai aussi été soutenue par une association qui s’appelle Initiative Terre de Vaucluse, qui a des antennes partout en France. C’est une association qui dispense des formations, pour aider les auto-entrepreneurs. C’est gratuit, ça m’a été conseillé par ma conseillère Pole Emploi et par une amie qui était passée par aux aussi. Pour l’instant j’ai fait 2 formations. C’est bien d’avoir quelqu’un vers qui se tourner quand tu as des questions, sur l’auto-entreprenariat, les démarches … J’ai créé une micro-entreprise, qui est le format le plus simple d’entreprise. C’est pas vraiment compliqué, mais parfois tu as beaucoup de choses à faire ou à penser en même temps … Mais je pense que tous les vétos sont des gens qui savent s’organiser quand il y en a besoin. Le plus compliqué c’est de se dire « ok c’est parti, je me lance », après ça roule.

Une fois lancée, tout ce qui est démarches, il suffit de trouver les bons interlocuteurs …

C’est ça et même sur Internet tu as vraiment plein de ressources !

Et je crois que tu avais aussi des présentations dans des expos ou des salons ?

Oui ! Il y a à la fois une partie vente en ligne et une partie en direct. Pour les gens autour de moi directement en livraison mais on va aussi se déplacer dans plusieurs salons en France. Alors comme je fais des choses un peu dans des domaines transverses, on va faire à la fois des salons des animaux (reptiles, animaux de compagnie classique etc) et on essaiera aussi de faire des salons de la maison, de décoration. Le premier c’est le salon Reptilyon à Lyon les 21 et 22 mai, au départ un salon de reptiles qui est devenu par extension un salon d’arthropodes et d’insectes (désolée les gars on est à la bourre et c’est fini … mais vous pourrez aussi la retrouver aux Reptiliades de Nîmes les 24 et 25 septembre 2022).

Merci pour cette présentation ! On va revenir à toi d’un point de vue plus personnel … Tu nous as expliqué que ce projet représentait clairement une thérapie … comment tu te sens de bosser pour toi maintenant ?

Oui t’as raison ce projet c’est vraiment ma thérapie. C’est renouer avec la personne passionnée que je suis, laisser parler ce qu’il y a au fond de moi, et surtout ce que j’avais mis de côté pendant des années. Et ça c’est incroyable. C’est incroyable de bosser pour soi, de laisser ses envies s’exprimer. Je me sens vraiment beaucoup mieux. On est sélectionnés pour être des travailleurs, et comme beaucoup d’autres qui ont fait les mêmes études que moi, je peux abattre une grosse charge de travail si nécessaire. L’idée c’est pas de se créer une entorse de surmenage c’est vraiment de bosser à son rythme. Parfois il y a des petits coups de speed, parce qu’il y a des objectifs à atteindre mais c’est vraiment une bonne pression, ça a jamais été une pression démoralisante ou qui te coupe les jambes comme j’ai pu ressentir dans mes précédents jobs.

L’important pour moi c’est que j’ai plus l’impression de vendre mon temps que je considère précieux : c’est avec ce temps que je profite de ma famille tant que je peux, et de ma vie. J’ai plus envie de le vendre au plus offrant. Avant j’étais passive, j’attendais mon salaire, j’attendais mes vacances, ça n’arrivait jamais assez vite, je comptais les jours. Il me tardait d’être au lendemain ou à la semaine prochaine, en faisant ça tu passes un peu à côté de ta vie … Aujourd’hui mon temps j’en profite à fond. Quand on décide soi-même comment utiliser chaque minute, le temps prend beaucoup plus de sens. Je fais le point souvent, chaque semaine et d’une semaine sur l’autre j’ai l’impression qu’il s’est écoulé un mois ! Je profite beaucoup plus de mon temps et je me sens plus épanouie par rapport à ça.

Même si tu bosses beaucoup c’est plus simple pour toi d’organiser ton temps et donc de trouver un équilibre c’est ça ?

Voilà c’est ça !

Petit ajout a posteriori sur l’équilibre vie pro – vie perso !

Tout n’est pas parfait pour autant, il y a quand même quelques ajustement à faire évidemment :

– niveau temps de travail, parce que Pierre-Yves trouve que je bosse beaucoup (moi je ne le sens pas trop) mais c’est vrai que j’ai tendance à pas m’arrêter tant que j’ai pas fini ce que je suis en train de faire.

– et je bosse chez moi, donc forcément je ramène le travail à la maison

Je pense que l’équilibrage se fera quand tout sera sur des rails. Pour l’instant je construis les rails. Mais en tout cas au niveau équilibre émotionnel c’est le jour et la nuit. Depuis janvier je suis plus du tout anxieuse. J’ai jamais eu la boule au ventre. La vie de véto c’est des très hauts et des super super bas. Maintenant j’ai des très hauts, des hauts, et des petits bas. Je dis petit bas parce que y’a pas d’enjeu de type vie ou mort, et ça c’est tellement un soulagement. J’étais fière de ce que j’arrivais à accomplir malgré cet enjeu, et je trouve toujours que le métier de véto est un beau métier même s’il est dur . Mais j’arrive à être fière de moi aujourd’hui, peut-être même plus, alors que j’ai pas cet enjeu là. Avant j’étais fière quand j’arrivais à un résultat, maintenant je suis fière parce que je me donne à fond. J’essaye quelque chose. Si ça marche pas je réessaye, jusqu’à ce que ça marche.

Je mets mes compétences à profit (la photo et le montage par exemple), et s’il me manque des compétences je les apprends. Dans la vie je m’épanouis par la curiosité et l’apprentissage donc c’est le rêve pour moi : depuis 4 mois j’ai appris énormément de choses très concrètes, dans des domaines variés.

J’avais peur de ne pas supporter de ne plus bien gagner ma vie mais au final je suis quand même beaucoup plus heureuse comme ça. J’ai jamais eu beaucoup d’argent donc ça ne me change pas trop. Je viens d’une famille modeste, j’ai été boursière au plus gros échelon pendant toute ma vie, la richesse n’a jamais été mon but, parce qu’on emmène pas son argent dans la tombe. En étant véto je gagnais 2000€ pour une vie de stress, j’échange ça à tout moment pour une vie heureuse. La richesse amène parfois au bonheur mais pour moi le chemin le plus court c’est de commencer par pouvoir faire ou vivre des choses qui nous rendent heureux tous les jours. C’est hyper cucul mais c’est ce que je pense.

Qu’est ce que tu as envie de dire à des jeunes vétos qui, potentiellement avec un témoignage comme ça qui peut être un peu angoissant … Ont peur de sortir de l’école et de se lancer dans la vie professionnelle ? Mais tu l’as très bien dit tout à l’heure, toutes les cliniques ne se ressemblent pas et tu as eu aussi de très bonnes expériences, alors qu’est ce que tu voudrais leur dire au final à ses jeunes vétos qui sortent et ont un peu peur de cette vie active ?

Ben déjà c’est normal, tout le monde a peur. Même ceux qui connaissent leurs cours par cœur ont peur. Mon premier conseil au travail c’est de TOUJOURS s’écouter. Faut pas faire taire la personne au fond de toi qui dit “mais attends je me sens pas trop bien, c’est normal que ça soit comme ça ?”. Vous êtes des adultes méritants à la tête bien faite. Il faut désapprendre ce qu’on vous a appris de la discipline à l’école : votre temps EST un dû. Vous n’êtes le larbin de personne. Si vous restez en dehors de vos horaires de travail par exemple, c’est des heures sup’. C’est parce que vous êtes gentils MAIS c’est des heures sup’. On peut être serviable, sans se laisser marcher dessus. Vous êtes capables, votre temps se rémunère, même en sortie d’école. Si vous avez pas trop confiance faut vous dire que vous en savez infiniment plus que le propriétaire qui vient vous voir avec un problème, même si vous savez pas le régler tout de suite, c’est pas grave. Ça s’apprend et vous avez des collègues autour de vous.

Ensuite si vous êtes en désaccord avec une pratique au boulot, dites-le. Si vous trouvez que ce qu’on vous fait faire ne vous convient pas, dites-le. Si vous vous dites « je me sens pas capable de faire ça » → ne le faites pas, ou bien demandez qu’on vous apprenne avant. Il n’y a rien de pire que de se trahir soi-même. De se dire “je le fais pour faire plaisir à quelqu’un d’autre” si c’est contre son éthique ou contre sa volonté, si ça marche pas comme tu veux, après tu t’en veux et il n’y a rien de pire que ça. Faut vraiment se dire que vous êtes une ressource précieuse, il y a en ce moment 10 annonces pour 2 vétos, donc si votre employeur ne tient pas ses engagements, si vous ne vous sentez pas à votre place, il y a plein de jobs qui vous attendent, et plein de façons d’exercer. Faut pas avoir peur de changer quand on se sent pas bien, la seule chose qu’on risque c’est d’aller mieux.

Ce qui est important c’est d’essayer de se prendre 5 à 10min par jour pour s’écouter. Laisser son cerveau divaguer et écouter ses émotions. Tous les jours, ça peut être dans votre douche, dans la voiture, peu importe. L’idée c’est de laisser libre cours à ses pensées, mêmes les émotions négatives. Il ne faut jamais refouler une émotion négative, sinon on construit un mur pour enfermer ce qu’on ressent et c’est jamais une bonne idée. Il faut accueillir cette émotion, même négative, la regarder avec curiosité, se demander pourquoi elle est là, pourquoi elle est arrivée, si on peut y faire quelque chose et la laisser passer. Si on l’empêche de venir, elle va finir par ressurgir.

Il faut se nourrir de ses émotions positives, elles sont une incroyable source d’énergie, et prendre les émotions négatives pour ce qu’elles sont : simplement des messages d’alertes. Pas hésiter à écrire ce qu’on ressent, pour pouvoir suivre l’évolution. En parler beaucoup, à tout le monde, en parler aux gens autour de vous, en parler le plus possible. Et si jamais un jour pendant vos 10min quotidiennes vous vous sentez perdus, submergés par des émotions négatives, là il faut agir. Agir c’est en parler, en parler à des proches, en parler à soi-même, jamais mettre ça de côté, jamais avoir honte. Faut vraiment faire ça pour vous.

Dernier conseil : être bienveillant envers soi-même. La bienveillance c’est quelque chose qui manque cruellement à l’école, parfois même après… Mais surtout à l’école parce qu’on est corvéables et jugés, notés en permanence. Mais l’école fait une grave erreur là dessus, la première chose qu’on a besoin d’apprendre c’est la confiance en soi, et ça ça passe avant tout par la bienveillance. Votre entourage doit être bienveillant envers vous, pour que vous puissiez exercer sereinement, mais il faut surtout que vous-même soyez bienveillant envers vous. On est pour nous même le juge le plus dur, vous êtes votre juge le plus dur mais vous êtes aussi la seule personne qui partagera chaque instant de votre vie jusqu’à la fin donc faut pas que cette personne soit toxique pour vous même ou qu’elle vous emprisonne. Il faut jamais se dire « t’es nul t’aurais du faire ça ». La bienveillance c’est se dire à la place « c’est pas grave, c’est comme ça, j’ai fait de mon mieux, au moins maintenant je sais qu’il faut faire ça ». N’ayez pas peur de compter sur les autres. En commençant j’avais peur d’aller demander l’avis de mes collègues, je me disais les clients vont me prendre pour une nulle si je leur donne pas une réponse directe … En fait quand tu dis aux clients “ha ben c’est pas fréquent, je vais aller prendre l’avis d’un collègue” ben ils sont super contents, déjà ça prouve que tu t’intéresses à leur cas, que tu fais ton possible, tu donnes tout pour résoudre leur problème … Et en plus ils ont deux avis pour un, donc les clients sont contents, faut surtout pas hésiter à faire ça !

C’est très vrai … Dernière question pour moi … qu’est ce que tu dirais aux vétos (jeunes ou moins jeunes, de toutes les générations) qui traversent une période difficile voire envisagent une reconversion ?

Je pense qu’il y a une infinité de situations et de manière de les gérer selon qui on est, donc j’aurais pas de conseil qui s’applique à tout le monde, mais peut être des pistes générales :

– la première recoupe ce que je disais avant : s’écouter, ne pas refouler des émotions parce que c’est dur, parce qu’on n’a pas envie, qu’on n’a pas le temps “j’ai pas le temps de penser à ça, j’ai pas envie de me sentir mal sur mon jour de repos” → il faut s’écouter et laisser ses émotions s’exprimer. Parce qu’au final vous avez beau tenir la barre en surface, si au fond la coque est percée, réparée à la rustine, il y a quand même un risque de naufrage à la fin …

– la deuxième piste c’est ce que je disais aussi : en parler : à ses proches, à des professionnels. Ça peut être à son généraliste, au cours d’une consultation pour autre chose. les généralistes sont en principe formés à écouter ce genre de problème. En parler et ne pas forcément s’arrêter au premier avis : en parler tant qu’on n’y voit pas clair.

– une autre piste ça peut être de se dire que quand on fait ce job, qui est très dur et très demandant, qui est aussi très gratifiant mais qui demande beaucoup de choses de nous, on est capable d’en faire beaucoup d’autres, même si on ne les connaît pas. Parce qu’on a une force d’apprentissage et une adaptabilité qui est colossale.

– ne pas rester pour des mauvaises raisons : j’ai pas le choix, j’ai besoin d’argent, j’aime bien ma collègue. Ça c’est vraiment des mauvaises raisons je pense … “J’ai pas le choix” c’est quelque chose que je me suis dit … Mais on a toujours le choix, si on fait celui de rester alors que le travail nous rend malheureux c’est juste qu’on préfère les conséquences de rester plutôt que celles de partir. Et parfois juste de lister les conséquences sur notre vie et sur notre moral dans le premier choix qui est de rester ou le deuxième choix qui est de partir, en faisant sur le court, moyen et long terme ça peut aider à voir plus clair. Moi par exemple à l’époque si je listais les conséquences de rester au travail sur le long terme, je donnais pas cher de ma peau si je restais des années de plus dans ce boulot, non je donnais pas du tout cher de ma peau … Donc c’est vraiment important de le faire.

Et pour ceux qui envisagent la reconversion … Il faut se dire que beaucoup se sont lancés, sans filet. Il y a des gens qui poursuivent leur aspiration dès le bac ou même sans le bac. C’est courageux. La différence quand on est véto c’est qu’on a déjà un métier, si ça marche pas, vous retombez sur vos pattes. Si ça marche pas, on redevient véto ou on essaye autre chose mais au moins on a un bagage qui fait qu’on n’est pas sans filet et à l’inverse si ça marche ben … vous aurez changé votre vie.

Merci beaucoup Jess pour ton temps et ta sincérité, et pour tous ces messages si importants et très justes.

Si vous avez d’autres questions pour Jessica, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires. Nous ferons éventuellement une seconde interview avec vos questions supplémentaires si nécessaire. N’hésitez pas à aller checker les réseaux de Terrapodia et nous on te souhaite une très belle continuation avec ce beau projet !

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