Docteure Inès F. (partie 1) :
Des études aux 4 coins du Monde
Bonjour ! Aujourd’hui nous retrouvons une vétérinaire et amie, Dre Inès Fruit, actuellement urgentiste dans le Sud de la France. J’ai souhaité discuter un peu avec elle de son parcours atypique : un Erasmus, de l’équine à la médecine de guerre au fond de la jungle (j’exagère à peine), à une structure d’urgences pures dans une grande ville française. Inès a le goût du voyage et de l’aventure, et elle a su le marier à sa pratique de la médecine vétérinaire.
Tout d’abord merci Inès d’avoir accepté de répondre à mes questions. Peux-tu te présenter rapidement, nous dire d’où tu viens et quel est ton parcours initial jusqu’à l’école vétérinaire ?
Alors je suis toulousaine, j’ai grandi à Toulouse. J’ai décidé de devenir vétérinaire et je suis partie faire mes études à Nantes pour profiter de changer de ville et voir un peu autre chose. Et aujourd’hui : ça fera 3 ans que je suis diplômée en juin et j’ai 26 ans donc j’ai eu un parcours assez classique dans ces études on va dire.
Tu l’as mentionné, ton premier choix, en termes d’école, c’était Nantes ?
Oui c’était Nantes. Moi j’étais toulousaine donc ça a été compliqué, comme pour tout étudiant. Je me suis posée la question de savoir si je restais sur Toulouse ou si je partais. Il faut savoir que quand on fait la prépa à Pierre de Fermat (Toulouse), on a quasiment 50 personnes en prépa qui sont admises à l’école vétérinaire de Toulouse, donc le choix c’était aussi de se dire “est ce que je continue avec ces personnes que je connais déjà ou est ce que j’ai envie un peu de changer”. Sachant que les études vétérinaires c’est quand même 5 ans. À ce moment-là je me suis dit “quitte à aller quelque part pour 5 ans, autant changer d’endroit et rencontrer de nouvelles personnes”.
Et aussi vis à vis de moi ce que je voulais faire, je savais que l’école de Nantes était assez reconnue pour tout ce qui était médecine équine et c’était à la base vraiment ce pour quoi je faisais des études vétérinaires, donc je me suis dit “allez go on va là bas!”.
Parmi ces 5 ans d’études tu es partie en Erasmus en 3ème année. Est ce que tu peux nous dire un peu pourquoi et comment tu as choisi cet Erasmus ?
Oui, alors l’Erasmus je pense qu’à la base c’était une envie de voyage. Parce que sur mon temps libre et sur mes vacances j’ai toujours été quelqu’un qui aimait bouger. Donc quand j’ai su qu’il y avait une possibilité de faire un Erasmus, ça a commencé un petit peu à me titiller.
Après j’ai aussi rencontré la bonne personne, parce qu’on a fait ça à deux, je pense que c’était important à ce moment-là, toute seule je serai peut être pas partie. Parce que c’est quand même une de mes premières expériences on va dire d’étranger à long terme. Donc avec une amie on s’est motivées à faire les démarches administratives etc.
Après l’objectif majeur de l’Erasmus c’était vraiment de faire une partie du cursus en anglais, parce que pour moi c’était vraiment primordial. Il faut savoir que j’ai fait un lycée international espagnol, donc j’avais vraiment des bases en anglais qui étaient … je vais dire faibles mais encore le mot n’est vraiment pas approprié parce que je parlais pas du tout anglais avant de partir en Erasmus. Je pense que quand on fait des études médicales, ou en tous cas des études vétérinaires, on ne peut pas se permettre de pas pouvoir parler un petit peu anglais. Donc l’objectif premier on va dire c’était ça. Et après bien sûr aussi de partir à l’étranger, voir un petit peu ce que ça faisait.
Et aussi je pense se détacher de l’école vétérinaire, c’est quelque chose que je recherchais. C’est quand même un lieu un peu, on va pas dire fermé, je veux pas me mettre des gens à dos, mais c’est un milieu qui est quand même particulier, et quand on fait 5 ans d’étude dans la même structure, je pense que c’est bien aussi d’aller voir un peu ailleurs.
Ok ! Alors, sur quels critères était basée la sélection pour cet Erasmus ? Tu as mentionné le fait que tu ne parlais pas trop anglais, donc a priori ce n’était pas un critère, mais alors sur quoi as-tu été sélectionnée ?
Alors, je n’ai plus tous les détails en tête, je ne vais pas te mentir, mais à l’époque on pouvait choisir entre plusieurs endroits. Les cursus en anglais il n’y en avait pas tant que ça. Il y avait la Hongrie, la République Tchèque et le Danemark pour notre école. C’était les trois seuls, il n’y avait pas de pays anglo-saxons. En fait, il y avait un certain nombre d’élèves qui se présentaient, je vais dire n’importe quoi mais peut-être 8 ou 10. Les plus “forts”, ceux qui avaient le meilleur dossier choisissaient en premier là où ils voulaient aller et ensuite les places se distribuaient comme ça. On ne pouvait partir, en fonction des endroits, que 6 mois ou un an. La Hongrie c’était 6 mois parce que je pense qu’il y avait une forte demande, donc pour permettre un peu à tout le monde d’y aller. Au final, ce qui s’est passé, c’est qu’il y avait 3 ou 4 personnes devant nous qui l’avaient demandé, mais les gens se sont finalement désistés. Du coup avec Marion on a été sélectionnées.
C’est une sélection qui est quand même assez aléatoire, on ne savait pas trop si on allait être prises ou pas au départ. Mais c’était essentiellement sur dossier. Il faut savoir qu’en école vétérinaire, à la différence des autres cursus, nous en tous cas à Nantes, il y avait quand même très très peu de personnes qui voulaient partir à l’étranger à l’époque. Je pense que maintenant ça se démocratise un petit peu plus, quand j’entends les retours que j’ai des étudiants, il y a de plus en plus de personnes qui veulent voyager un petit peu et aller ailleurs. Mais à l’époque comme les écoles françaises sont assez reconnues, partir c’était pas vraiment quelque chose que l’on recherchait.
Conseillerais-tu cette expérience là, en 2ème ou 3ème année à des étudiants actuellement ?
Oui ! Complètement ! Alors pour moi la 3ème année c’est le plus pertinent pour deux raisons.
Pour moi, il ne faut pas aller au-delà de la 3ème année, je sais qu’il y en a qui partent en 4ème année pour notamment l’Argentine ou ce genre de choses. Je pense que la 4ème année en France, elle est vraiment essentielle, nous en tous cas à l’époque et je pense pas que ça ait changé, c’était vraiment l’année clinique où tu vas apprendre toutes les bases de ta sémio etc, toute la première approche clinique. Donc la faire à l’étranger dans une autre langue et surtout dans des cursus qui parfois sont un petit peu inférieurs en terme de qualité c’est pas pertinent.
Et ensuite les démarches sont quand même assez longues pour partir en Erasmus. Je crois que pour partir au deuxième semestre de 3ème année on a commencé les démarches début de 2ème année. Donc c’est pour ça que pour moi la 3ème année est pertinente parce que si tu veux partir en 2ème année il faut presque que tu te mettes dans les démarches alors que tu viens juste d’arriver à l’école donc finalement c’est peut être pas le moment. Quand tu arrives à l’école tu as envie de profiter, c’est pas le moment où tu te dis déjà “tiens j’ai envie de partir”.
Toujours par rapport aux études à l’étranger : tu l’as dit tout à l’heure, ton objectif en entrant à l’école véto c’était de faire de l’équine. Pour la 5ème année d’approfondissement, tu l’as faite aussi à l’étranger, donc je te poserai un peu la même question : pourquoi et comment as-tu choisi la A5 à l’étranger ?
Alors, effectivement l’équine ça a été le fil conducteur de toutes mes études vétérinaires, je me suis beaucoup impliquée là dedans sachant qu’à Nantes, il y a vraiment un gros service en médecine équine, donc c’est chouette, parce qu’il y a vraiment matière à apprendre. En 4ème année j’ai encore plus exagéré ce cursus, j’ai fait des gardes supplémentaires, et en fait je me suis rendue compte (et c’est très individuel) mais d’un point de vue humain, le service c’était compliqué pour moi de m’intégrer correctement et je me voyais pas du tout faire une 5ème année complètement à l’école. Ça c’est le premier point, c’est vraiment les relations que j’ai eu avec l’environnement à ce moment-là.
Et le deuxième point, c’était aussi de me dire que je visais un internat à l’étranger après ma 5ème année : déjà (on va pas se mentir) les internats à l’étranger sont rémunérés et aussi, ils débouchent plus facilement sur des spécialisations, ce qui moi était ma volonté à l’époque, de faire une spécialisation en chirurgie. Il fallait absolument, pour faire un internat à l’étranger, faire des stages, se montrer, rencontrer des gens etc.
Donc c’était pour moi une manière de combiner les deux, à la fois de sortir de cet environnement toxique, ultra fermé de l’école et à la fois aller se montrer pour pouvoir décrocher par la suite un internat. C’était les objectifs à la base. Et aussi continuer à perfectionner un petit peu l’anglais toujours dans le but de, peut être, cet internat.
Et juste pour re-situer un peu, tu es partie où ?
Alors je suis partie à Lexington au Kentucky, je suis partie à Toronto et après en Australie. Voilà c’était mes trois stages. À Lexington parce que j’avais envie de décrocher l’internat en chirurgie à Hagyard ; à Toronto parce que j’avais un ancien professeur qui m’avait conseillée. Ensuite l’Australie ça c’était plus personnel, ça faisait très longtemps que je voulais visiter ce pays là, et en plus c’est un pays qui a énormément de chevaux de par les courses, donc ça se prêtait parfaitement à ça.

Peux-tu nous parler de ces 3 expériences rapidement et nous dire les points positifs, les points négatifs et un peu ce que ça a changé pour toi dans ton choix de parcours pour la suite ?
Ça a été un peu le désenchantement pour moi. Je vais pas trouver beaucoup de points positifs pour moi en tous cas, j’en suis désolée. Je pense qu’il y a quand même des points positifs mais ça n’a pas vraiment marché.
On va pas se mentir, j’ai eu beaucoup de mal à m’intégrer à chaque fois dans les structures de par la différence de langue. Aux États-Unis et au Canada c’était vraiment au tout début de mon année, donc j’avais encore des lacunes en anglais, qui ne me permettaient pas de suivre encore complètement activement. il faut s’imaginer dans une ambiance de chirurgie, avec le respirateur, les masques, les chirurgiens qui n’articulent pas etc. On ne se rend pas compte en fait, quand on est à l’aise dans notre langue mais ça peut être vite compliqué en compréhension, et dès qu’on ne comprend pas on n’est pas forcément actif dans son stage. Ou en tous cas on n’a pas la même réactivité. Du coup, c’est difficile de s’intégrer.
Aux États-Unis ça ne s’est pas très bien passé parce que j’ai décroché un stage qui devait normalement me permettre de postuler ensuite à l’internat, et en fait quand je suis arrivée ils m’ont dit qu’ils avaient déjà trouver tous leurs internes pour l’année d’après. Donc j’avais vraiment l’impression d’avoir fait le déplacement pour rien. Déplacement déjà coûteux physiquement mais aussi financièrement. J’étais vraiment triste parce que c’était vraiment l’internat que je visais. Le Canada s’est plutôt bien passé.
Et après quand je suis partie en Australie, là, ça a été à nouveau difficile au niveau de la langue parce que l’accent australien est très très compliqué à comprendre. J’étais plutôt contente parce que le fait d’avoir été aux États-Unis et au Canada, je me disais “c’est bon je vais réussir à être active dans mes stages” et en fait c’est horrible mais au début vraiment je ne comprenais rien, toujours dans cette ambiance de chirurgie avec tout le matos autour, les conditions qui font que ça peut vraiment être compliqué.
Et aussi, j’ai commencé à vraiment me poser des questions sur mes motivations professionnelles : parce que je commençais un petit peu à voyager, je commençais à rencontrer des gens et je me rendais compte à quel point ce milieu de l’équine était un milieu fermé. Ce qui ne correspondait pas du tout à ma personnalité et à mon envie de découvrir d’autres choses. Et aussi un milieu qui nécessitait une implication personnelle dans le travail qui était énorme. Je voyais les vétérinaires qui ne partaient jamais en vacances, qui finissaient toujours à 23h, qui avaient une vie personnelle qui était finalement assez réduite. Au début ça ne me dérangeait pas vraiment dans l’envie que j’avais de faire ce parcours, mais petit à petit je me suis rendu compte que ça faisait 10 ans que je faisais des études et que j’avais envie simplement aussi d’avoir une vie à côté. Donc à partir de ce moment-là ma motivation a vraiment commencé à diminuer énormément.
D’un point de vue professionnel pur, je me suis rendu compte que la chirurgie équine c’était quelque chose, en tous cas dans les pays anglo-saxons, mais aussi en France, qui était très basé sur la performance, notamment au niveau des courses. Le bien-être animal et le respect de l’éthique étaient quand même très très peu appliqués. Ça a commencé à me déranger, je ne vais pas rentrer dans les détails mais il y a des choses qu’on fait qui ne sont pas du tout en accord avec ma vision de la médecine et du bien être animal.
Et donc là j’ai fait un espèce de burn-out. Je sais pas si on peut dire un burn-out parce que j’étais pas vraiment salarié ou quoique ce soit, mais j’ai craqué et j’ai tout envoyé balader. Je me suis rendu compte que vraiment c’était peut être pas fait pour moi. Au point de me dire que j’allais vraiment arrêter les études. À 6 mois d’être diplômée. Donc j’en avais vraiment vraiment marre. Ce que j’ai fait c’est que j’ai fini mes stages et je suis partie voyager sur le temps qui me restait.
Pour résumer un petit peu les points positifs ça a été quand même de partir à l’étranger, voir d’autres choses et finalement aussi me rendre compte que c’était pas pour moi. Avec le recul maintenant je pense que c’est un point positif, je me serais un petit peu perdue dans cette voie. Les points négatifs ça a été vraiment de galérer au niveau linguistique et de ne pas me sentir à ma place. En France j’avais plutôt un statut très proactif, j’étais plutôt appréciée dans mes stages, et là je me retrouvais toujours dans des situations où j’étais un fantôme partout où j’allais parce que j’étais la petite française qui avait du mal à tout comprendre. Donc ça c’était vraiment dur et il faut vraiment en prendre conscience quand on va faire des stages à l’étranger, surtout à ce niveau là. Quand on va faire un stage en 2ème année ou 3ème année, on est plus sur de l’observation. Quand on est en 4ème ou 5ème année c’est le moment où il faut quand même faire des choses, ça peut vite être compliqué.
… To be continued …
Pour découvrir ce que fait Inès aujourd’hui et la suite de son parcours, rendez-vous le 17 mai ! À très vite, n’hésitez pas à nous faire part de vos questions dans la section commentaire juste en dessous, ou par message sur les réseaux sociaux.
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